Les termes de psychose, de névrose, de schizophrénie, de paranoïa, de névrotique, d'anosognosie, de psychopathie, névropathie etc. sont des termes que l'on rencontre tous les jours sans vraiment savoir ce qui se trouve derrière. En effet, ces termes passés dans le langage courant sont utilisé dans nombres de séries policières, dans nombre de films, dans quelques émissions tel que « ça se discute jour après jour (ou plus encore dans "Toute une histoire") », voir même dans le journal télévisé. Internet regorge aussi de ces termes. Le souci est qu'ils sont utilisés n'importe comment et n'importe quand. Tout un chacun se permet d'user de ces signifiants dans une situation donnée.
Paradoxalement, le terme d'handicap, lui aussi utilisé sans ménagement, et même par des professionnels de la santé mentale, est utilisé à tord pour parler de personnes psychotiques.
Qu'est-ce qu'un handicapé ? Le terme d'handicapé renvoi à une idée de handicap, et donc d'un déficit de fonctionnalité de quelque chose, et donc de manque. En l'occurrence, parlons de l'handicap physique, qui lui est bien Réel. Paraplégie suite à un accident de voiture, voilà un handicap. Parlons du syndrome de Down (trisomie 21), voilà un handicap, physique, mental ? Les deux ? Bref, voilà un handicap. Le terme d'handicap renvoie aussi à l'idée d'incurabilité de la maladie. Peut-on alors parler de handicap dans la psychose ? Oui, nous le pourrions, mais il faudrait alors parler de monsieur et madame tout le monde en terme d'handicapé. « L'Homme est un animal malade » disait Hegel.
Il est temps d'éclaircir quelque peu la notion de psychose. Nous pouvons trouver, derrière ce terme, les signifiant principaux tel que l'autisme, la paranoïa et la schizophrénie. L'autiste est psychotique, le paranoïaque est psychotique, oui le schizophrène est psychotique. Qu'est-ce donc alors ce terme de psychose ? Ce terme est trop souvent rattaché à la notion d'hallucination. A tord, le psychotique n'est pas forcément halluciné.
Pour comprendre ce qu'est la psychose, il faut d'abord comprendre ce qu'est la névrose. En effet, ce sont deux conséquences différentes d'un rapport à une même chose. Cette chose est propre à l'être humain. Entendons par là, quelque chose d'exclusif à l'être humain. Les animaux ne font pas la guerre pour des raisons de croyances religieuses. Les animaux n'attaquent pas pour tuer et simplement tuer. Ils tuent pour manger, ils peuvent tuer pour préserver leur territoire, ils peuvent tuer pour s'approprier une femelle. Ils tuent pour vivre. L'être humain tue pour manger, tue par amour, tue pour protéger son habitat d'un cambrioleur. Mais l'être humain tue aussi, pour assouvir une pulsion, il tue par plaisir, il tue pour des convictions, il peut même tuer sans savoir pourquoi il tue. Il tue parce qu'il est fou. « Fou », voilà un terme propre à l'être humain. Et pourtant il n'a pas été mordu par un renard enragé. Et pourtant il était le père d'une famille de deux enfants. Cela faisait huit années qu'il était marié à son épouse. Les voisins disaient de lui qu'il était quelqu'un de gentil et de très serviable. Il avait un bon métier, il travaillait dans une banque à un bon poste avec des responsabilités ; pas trop cependant. Cela lui permettait de ne pas faire trop d'heure et rentrer à la maison le soir. Il jouait alors avec ses enfants, aidait sa femme à cuisiner. Le week-end, lui et sa famille se rendait chez un couple d'amis. Les enfants jouaient ensemble, et les adultes discutaient autours d'un ou deux verres. Ce bon père de famille avait un casier vierge, une conduite irréprochable, peut-être l'un ou l'autre procès-verbal pour avoir omis de payer le parcmètre, mais rien de bien conséquent. Bref, il s'agissait d'un père de famille aimé respecté et tout à fait normal. Cependant, tout cela ne l'a pas empêché, par une belle matinée ensoleillée, de mettre fin à ses jours, après avoir assassiné enfants et femmes dans leur sommeil.
Ce genre d'histoire, on peut les rencontrer régulièrement en regardant le journal télévisé. Qu'est-ce qui s'en suit ? De l'incompréhension, de la stupéfaction. Les voisins ne comprennent pas. Les amis sont atterrés. La famille horrifiée. « Il était si gentil... »
L'être humain peut donc tuer sans raison... du moins apparente. Sans rentrer dans une explication clinique, mettons cet acte du côté de la folie. Oui, la folie humaine.
La névrose est ce qui remplace l'instinct des animaux. Les animaux savent que faire et quand le faire. L'être humain, lui réfléchit et peu prendre différentes décisions qui auront différentes conséquences, bonnes, moins bonnes... L'instinct est quelque chose de magistral et de parfait. L'être humain n'a plus accès à cette solution. L'être humain a le langage. Il parle et communique au moyen de signifiants qui sont toujours équivoque. L'instinct, lui, est univoque. Ainsi le parler, c'est toujours compliqué, car un mot renvoie à une multitude de sens différents. Ainsi parler ne va pas de soi. Le névrosé se sert du langage comme d'une façon de communiquer. Ce n'est pas toujours facile, on tombe régulièrement dans le malentendu. Les couples d'animaux ne se disputent pas eux. Le langage est donc ce qui fait lien chez l'être humain. Mais le langage peut être quelque chose de fou. Il n'est pas inné la faculté de se débrouiller avec. C'est ainsi que Freud a dit que nous étions tous des névrosés.
Dans la psychose, le langage pose un problème différent. Les signifiants sont le plus souvent univoques. Un mot renvoie à un sens unique. Ils sont collés, indissociables. Il faut juste faire attention à ce que le mot ne prenne pas une rue à impasse. Le risque est là : l'impasse. L'impasse signifie que l'on est obligé de faire ce que le mot dit. Le mot, le signifiant vient alors présenter et représenter le sujet. Il s'en suit parfois un passage à l'acte tel que l'assassinat des ses enfants et de son épouse. Les signifiants son univoques et ont beaucoup de mal à s'articuler en un discours. Ils restent hors discours. Ainsi, le psychotique s'il parle, se trouve hors discours ; donc hors de la solution que constitue le langage, hors de la solution commune.
Ainsi, si l'on parle d'handicap, nous pouvons dire que le névrosé est autant handicapé que le psychotique ; car le langage ne va pas de soi.